Qui est Robert Desoille, le génial inventeur de la psychanalyse à la française ?

1. LE FONDATEUR : Robert DESOILLE (1890-1966)

 

1. L'homme. Robert Desoille (prononcer De-zoua-le) est né le 29 mai 1890 à Besançon. Son père était Général et son frère Henry sera Professeur de Médecine à l'Université de Paris. Doué en mathématiques, il devient ingénieur en électricité et termine sa vie comme inspecteur à l'EDF. Il a des activités syndicales et défend les employés victimes d’injustices. Parlant couramment l’allemand et l’anglais il sera interprète pendant les deux guerres. Il est blessé par une balle allemande à la mâchoire et décoré pendant la guerre 14-18. En 1920  il épouse une femme remarquable Lucie Bigeard. Elle l'initie aux techniques d'exploration de l'imaginaire de Caslant. Eugène Caslant (1865-1940), Polytechnicien et Colonel du génie, avait mis au point expérimentalement une méthode de voyage dans les images mentales et entraînait des personnes à la voyance dans l'inconnu. En apprenant la méthode auprès de lui, Desoille s'intéresse au contraire à l'expression des images intérieures personnelles et la thérapie des problèmes psychologiques qui vont avec. Dès 1923, il expérimente avec tout un groupe dans une orientation psychothérapique et publie ses premiers résultats dans différentes revues. Puis il cherche une explication à ces résultats si probants.

En 1938 paraît son premier livre Exploration de l'affectivité subconsciente par la méthode du Rêve Eveillé. Sa thèse est simple et claire : ces résultats prodigieux ne peuvent être compris qu'en étudiant la vie et les expériences des mystiques. La ressemblance des récits est tellement frappante que la clé est là. La meilleure manière d'approcher des expériences mystiques, tout en se guérissant de ses complexes et de ses problèmes, est l'analyse par le Rêve Eveillé. 

Dans le champ des psychothérapies la méthode de Desoille est celle qui permet de faire vivre les expériences les plus proches de celles vécues par tous les grands mystiques.  “Devons-nous pour autant renoncer à scruter les sentiments des mystiques ? Nullement. Nous aurons d’abord la ressource d’essayer de vivre sinon “l’expérience privilégiée” qui a été la leur, tout au moins une expérience voisine ; la méthode décrite ici est, sinon la seule, du moins celle qui paraît la plus rationnelle pour faire cette expérience” (Desoille, Exploration, p. 246).

(Aujourd'hui on parlerait plutôt d'états de conscience transpersonnelle que de mystique, mais la clé est la même).

Puis arrive la seconde guerre et Desoille entre dans la Résistance. Il noue des liens étroits avec ses camarades de combat dans les maquis communistes. Aussi après la Libération, il croit trouver un garant de scientificité dans la théorie de Pavlov sur les réflexes conditionnés. C'est alors qu'à partir de son livre de 1950 il parle de "rêve éveillé dirigé", ce qui lui sera tellement reproché. Et c'est injuste, car il ne cherche que des garanties de scientificité et il ne transige jamais sur l'essentiel : la vision spiritualiste de l'homme et du monde. On trouve déjà chez lui la présence du nouveau paradigme du transpersonnel.

Il fréquente des psychanalystes ( Charles Baudouin, Françoise Dolto, Juliette Favez-Boutonnier, Sacha Nacht, René Laforgue ...), des philosophes (Gaston Bachelard, Gabriel Marcel ...).

Il a des contacts avec le monde entier et forme des élèves dans toute l'Europe : Allemagne (Prof. Kretschmer, Dr. Thomas et le groupe de Schultz), Belgique (Edith de Vriese), Espagne (Fernandez), Hollande (Prof.  van der Berg), Italie (Assagioli et son groupe, Prof. Rogo de Trévise,  Fusini), Portugal (Prof. Fernandez, Prof. de Fonseca), Suisse (Guillerey, Bevand), Uruguay (Prof. Berta de Montevideo), USA (Dr. Haronian, Tymieniecka), Argentine, Grande-Bretagne,  Japon, etc. Mais, à la différence de l'Association de Psychanalyse de Freud ou de la Société analytique de Jung, il laisse une grande liberté aussi chaque élève enseigne ce qu'il a compris et monte son propre groupe dans son pays. Ce qui fait que sous des noms très divers (Symbolic identification, dramaturgie, voyage imaginaire, visualisation créatrice, onirothérapie ...) on retrouve du rêve-éveillé dans bien des pays du monde.

De plus, la parenté est évidente avec une technique immémoriale de Yoga tantrique, le Yoga-nidra ou "Sommeil éveillé", "état crépusculaire" ou "sommeil yogique". Il existe aussi un Yoga des Rêves complet (Mi-lam) chez les Bouddhistes tibétains, qui intègre des pratiques très développées de rêve éveillé. Elle font partie intégrante de la retraite de trois ans des lamas. Peut-être Caslant en a-t-il eu connaissance par des ésotériques ou des occultistes. Par la suite la sophrologie de Caycedo s'emparera des visualisations et les vulgarisera, puis viendront la Pensée positive, l'Assertivité, la psychologie noétique ou unitive et toutes les visualisations californiennes. Là se trouve le plus grand danger : la confusion entre le vrai Rêve éveillé issu de l’inconscient et les visualisations imaginatives de type mental comme en sophrologie ou en psycho-synthèse ...

Lucie Bigeard est morte en 1945 et en 1950 Desoille épouse Mireille d’Ambosio. Il a le plaisir de pouvoir faire trois conférences à la Sorbonne sur le Rêve éveillé les 11, 18 et 28 janvier 1965 avant de mourir le 10 octobre 1966.

2.

LA TRAGEDIE DE L’INGRATITUDE

envers Robert Desoille

 

     Le caractère novateur de la découverte de Robert Desoille n’a pas été saisi ni reconnu. Il a été écrasé par Freud comme Lamarck a été écrasé par Darwin.

Il voyait bien qu’il n’était pas compris par ses soi-disant élèves. Aussi n’a-t-il jamais fondé d’Institut de Formation de son vivant. Et les trahisons vont se succéder.

 

1. GUILLERY . Desoille en 1934 est venu en Suisse rencontrer le Dr. Marc Guillery et a fait une démonstration de rêve éveillé sur le Dr. Pourtal, praticien du Vittoz. Puis ils ont correspondu pendant deux ans et Guillery a fondé sa « Méthode », « synthèse du rêve éveillé de Desoille, de la méthode de Vittoz et de la philosophie de Bergson ».

2. VIREL André. Le disciple préféré de Desoille semblait être André Virel, aussi petit que Desoille était grand. Ancien résistant et préfet régional, docteur en psychologie, il était celui qui enseignait la psycho-physiologie à la faculté des Sciences pour tous les psychologues de Paris. De par mon travail à l'université René Descartes ou Paris V, j'étais donc constamment en relation avec lui, comme très amicalement avec le professeur Léon-Jacques Delpech venu de l'université de Caen à celle de Paris VII. Mais le 29 février 1968 Virel publie avec le Dr. Frétigny leur livre « L'imagerie mentale, introduction à l'onirothérapie » où il noie la découverte de Desoille parmi tous ses concurrents (Janet, Binet, Happich, Daudet, Henry, Caslant, Nachmansonn, Guillery, Desnos, Godel, Clark ...) et il fonde son propre groupe de psychothérapie à l'Arbre Vert, 344 rue Saint Jacques et place St Julien le Pauvre, Paris 5ème 75005.

3. GIREDD. Dix-huit mois après sa mort, le 11 mars 1968 est fondé à Paris le GIREDD le Groupe international du Rêve éveillé dirigé de Desoille par quinze personnes : deux femmes (Fayol, Blanchard), trois psychologues (Delpech, Lévine, Nadal) et dix médecins (Boujard, Benoit, Dabhah, Deniau, Garnier, Guilhot, Katz, Launay, Maurey, Schnetzler). La présidente est Mme. le Dr. Fayol, vice-présidents le professeur Delpech et le Dr. Jean Guilhot, secrétaires les Dr. Launay, Maurey, Deniau, trésoriers Dr. Benoit et Nadal. Au début  seuls les médecins pouvaient être didacticiens.

    Le Groupe se divise entre les « psychanalystes » partisans d'une entrée pure et simple en psychanalyse et les « desoilliens » qui n'oublient pas le RE. Un groupe de « Défense de la mémoire de Robert Desoille », le CIRMEP se constitue et se réunit régulièrement chez M. et Mme. Guilhot. Mais peu à peu écoeurés par les violences de certains, les « desoilliens » partent les uns après les autres ou sont chassés (Dr. Boujard, Dr. Deniau, Dr. Jean-Pierre Schnetzler, Dr. Bernard Auriol, Robert Gérard, Pr. Roger Mucchielli, Dr. Monique Pellerin-Boumard (nièce de Desoille), Edith de Vriese, Michel Le Guennec, Pr. Delpech, Geneviève Lanfranchi ...).

4. CIPARE. Le 12 mars 1981 avec la lettre-programme pour « mettre aux oubliettes le vain problème de la spécificité du rêve éveillé » démissionnent 4 membres du Bureau sur 5, 6 didacticiens sur 11 et 3 membres du comité de rédaction de la Revue, plus les autres et tous leurs patients et supervisés. Ils fondent le CIPARE (Collège international de psychanalyse et d'anthropologie rêve éveillé). Mais comme ils sont devenus de vrais psychanalystes, rapidement ils suppriment le RE et deviennent le  CIPA en oubliant le rêve éveillé pour toujours.

5. Discussions et départs. Les discussions continuent sur les moteurs de la cure et sur le rôle du RE : accessoire, anecdotique, occasionnel, en dernier recours ? Alors que c'est le centre, le pivot de la cure, son moteur, pour d'autres le RE n'est qu'une technique mineure que l'on emploie, faute de mieux, lorsqu'il n'y a pas de rêve du sommeil. Ils ne comprennent pas que sans rien refuser de la psychanalyse, le RE permet d'ajouter une approche originale de l'inconscient, une mobilisation de l'imaginaire et l'accès à un niveau original de conscience (l'Eveil, le Surconscient, la Vacuité ou le Transpersonnel). Après une crise et des discussions les départs se succèdent : 1984 Marie-Annick Hébrard, Oleg Poliakov, Henry Bass, Bruno Thiberge, Jean-René Soulié ... 1994 Dr. Dominique Sotty et Colette Fiatte, Pierre Splichal,  1998 Fern Nevjinski,  2001 Dr. Gilbert Maure, 2004 Dr. Paul Fuks, 2009 Louis Coste, Bruno Berte, etc.

6. Puis souffle un vent mauvais et pour ne plus entendre le nom de Desoille, à l'Assemblée générale du 5 avril 1987 le Groupe devient le  GIREP (Groupe international du rêve éveillé en psychanalyse), par 12 voix contre 7. Mais suffit-il d’enlever le nom du père pour le tuer ? Et l'on a beau demander ce que signifie « EN » (oiseau en cage, sucre en poudre, innocent en prison, Christ en croix ou mis en terre …) ? Le RE ne peut pas entrer purement et simplement dans la psychanalyse freudienne car il l'enrichit considérablement. Aussi vaut-il mieux parler de  PRE "Psychanalyse Rêve Eveillé", car c'est une authentique psychanalyse mais non-matérialiste et utilisant aussi la Psychanalyse des Hauteurs par conversion aux Valeurs.

7. Georges Romey fonde le rêve éveillé libre, (Arel) contre l’expression de « rêve éveillé dirigé » employée pendant un moment par Desoille. Dans son groupe la  psychanalyse personnelle préalable n’est plus obligatoire ou n’est pas la même.

 8. Desoille a des contacts avec le monde entier et forme des élèves dans toute l'Europe : Allemagne (Dr. Thomas et le groupe de Schultz), Belgique (Edith de Vriese), Espagne (Fernandez), Hollande ( van der Berg), Italie (Assagioli et son groupe, Fusini), Portugal (Prof. de Fonseca), Grande-Bretagne, USA, Suisse (Guillerey, Bevand),Argentine, Japon, etc. Mais, à la différence de l'Association de Psychanalyse de Freud ou de la Société analytique de Jung, il laisse une grande liberté aussi chaque élève enseigne ce qu'il a compris et monte son propre groupe dans son pays. On trouve donc du rêve-éveillé dans bien des pays du monde sous des noms très divers (Symbolic identification, dramaturgie, voyage imaginaire, visualisation créatrice, onirothérapie ...). On ne parle plus que de technique imaginative ou de libre association des images, en oubliant ce qui fait la richesse du rêve éveillé de Desoille.