QU'EST-CE QU'UN REVE EVEILLE ?
Mais
le RE est devenu aussi une technique classique de
créativité, utilisé dans l'inventique, la publicité, le
marketing. l'animation de groupe, la créativité, la
peinture, le théâtre, l'entraînement des sportifs de haut
niveau, etc.
1) Le cadre. Ce qui commence par instituer le RE
est la manière dont il est présenté au patient dès la première rencontre et la
constitution de son cadre dès la première séance. Il peut être présenté dans un
cadre de psychanalyse, de psychothérapie, de créativité ou expérimental. Et
nous partons pour commencer du cas de la psychanalyse. L'analyste doit parfois
le présenter, mais d'autres fois le patient le connaît déjà par ses lectures,
conversations ou spectacles. De toute manière l'analyste précise que l'on ne
commencera l'apprentissage du RE qu'après avoir pratiqué pendant quelques séances
l'anamnèse, ou partage de tout ce qui peut être communiqué sur le plan
conscient. Pendant ce temps s'installe une relation de confiance. Le cadre
temporel est en général une séance par semaine, une semaine on fait un RE et la
semaine suivante on en cherche le sens ; mais le patient reste libre
d'enchaîner plusieurs RE à la suite ou de rester de longues périodes sans en
faire. Le cadre spatial habituel est le patient allongé sur le divan et
l'analyste assis derrière, mais quelques-uns restent en face-à-face ou
alternent.
2) L'apprentissage. Le temps pour apprendre à faire un RE est très variable. Rares sont qui y
arrivent du premier coup, pour les autres il faut plusieurs semaines ou
plusieurs mois et certains, très peu nombreux, n'y arrivent jamais. On trouve
dans la littérature RE bien des propositions de départ " Pouvez-vous voir un ... ? Décrivez ce que
vous voyez, visualisez, imaginez, voyez des images, racontez une histoire
imaginaire, un conte, associez librement des images, et si vous me le disiez en
image ?, on dirait que vous le voyez ...".
2. ne
pas raconter des souvenirs et
3. ne
jamais faire de commentaires pendant le RE.
Commentaires, réflexions
intellectuelles, souvenirs, associations libres, prises de sens,
interprétations ... sont réservés à la séance suivante ou à un moment après,
bien séparé du RE.
Le moment du RE est délimité (soit par un
changement de position, une détente, les yeux fermés, soit dit au début et à la
fin : "Je vais faire un RE. ... -
Après ce RE, nous pouvons évoquer ...".) S'il y a apparition de
souvenirs ou de commentaires pendant un
RE, l'analyste le fait remarquer : "Maintenant
que vous avez quitté votre RE, cela vous évoque ...".
3) le transfert. Dire les images que l'on voit et les sentiments de son vécu à son
analyste est une preuve de confiance. Pratiquer l'association libre aussi, mais
le RE est plus imprévisible. D'autant plus que tôt ou tard le patient va
réaliser qu'il lui permet de dire sans dire. Il semble donc qu'on ne puisse
commencer à apprendre ou à pratiquer des RE que lorsqu'un transfert assez
solide est installé. Toute interprétation hors du transfert étant de l'analyse
sauvage, on pourrait en dire autant pour le RE.
Pas de RE sans transfert. Et
réciproquement une partie des sentiments transférentiels envers l'analyste se
dit et se lit dans les RE. Un but du Rêve-éveillé analytique est, en effet, par delà
l'imaginaire, d'exprimer l'inconscient et le refoulé sans que le patient s'en
rende compte.
* le R.E.-rédaction. R.E. par la forme qui évoque la rédaction scolaire d'un bon élève qui
s'applique. Il est très pensé, intellectuel, bien fait, bien construit aux
dépens de l'imaginaire, de l'affect et de l'inconscient. C'est une des formes
majeures de la résistance. Une de ses variantes est le RE que le patient
construit consciemment pendant la semaine et vient réciter en séance pour
contrôler toute expression spontanée.
* le R.E. banalisé. Le patient fait semblant de vivre en RE une de ses activités quotidiennes
non impliquante : "Je lis mon
journal, je tricote un pull-over, je fais mon jardin, j'épluche les légumes
pour la soupe, je regarde la télé et je
revois le film d'hier au soir ...".
* le R.E. à deux. Dans l'enregistrement ou la transcription du récit de RE les phrases
dites par "l'analyste" sont très nombreuses, parfois une sur deux,
avec des propositions d'images ou de mouvements, au point que ce récit en dit
autant sur l'analyste que sur l'analysant. C'est un des dangers et des pièges
de l'ancien rêve-éveillé dirigé que veut éviter le rêve-éveillé analytique.
* le R.E.-mitrailleuse. Aucun récit lié n'est fait, parfois il n'y a pas de phrase
avec des verbes, que des noms d'images, le rythme peut être assez lent,
entrecoupé ou très rapide évoquant celui d'une mitrailleuse. "Je vois une lampe, de l'eau, une échelle,
des cailloux, de la neige, une limace, un cheval mort, une soutane, un singe
...". Ainsi pendant une heure.
* le R.E. à chapitres. A l'opposé du RE-mitrailleuse, l'histoire se poursuit toute
une séance de RE et se continue les séances suivantes (deux, trois ou plus).
Par exemple, un voyage à travers des collines, des forêts, des montagnes, des
plaines, des déserts s'est continué pendant une dizaine de séances avant de
s'apercevoir qu'il s'agissait en fait de l'exploration du corps géant de la
mère.
* le R.E. aveugle. Le patient fait des RE mais prétend ne rien voir, comme un aveugle est
capable de parler du monde et même des couleurs sans aucune image visuelle. A
la limite il peut avoir un RE sans images : "Alors entre Jules, qui dit à Marie (...) et elle lui répond
(...)".
* le R.E.-métaphore. L'analysant ayant employé une image (par ex. J'en ai plein le dos) l'analyste lui a proposé de laisser venir les
images, ce qui donne : "je me vois
avec mon sac à dos pour aller à l'école, il est très lourd, il est plein de livres,
non de pierres, il me fait mal au dos, je me voûte, je sens les pierres qui
appuient sur mon dos, je ne peux plus le porter, je suis trop fatigué, il me
fait trop mal, comment m'en débarrasser ?". Le R.E.-métaphore peut
continuer pendant plusieurs minutes, il se reconnaît à ce qu'il ne se déroule
que dans une seule direction, sans rien d'imprévu, il développe un thème. Il
peut se faire assis, en face-à-face, les yeux ouverts, sans relaxation, sans
changer de niveau de conscience, etc. Certains l'appelaient autrefois "le
R.E. de situation". On peut multiplier ces exercices d'imagination et en
faire faire plusieurs par séance, noyés au milieu du dialogue en face-à-face ou
de l'association libre sur le divan : des métaphores diluées ont remplacé le
RE.
* le R.E.-délire. Crainte (ou fantasme) répandu chez certains analystes ou psychiatres que
le scénario R.E. ne se transforme en délire ou favorise une activité délirante.
Finalement, avec plus de cinquante ans de pratique, il ne semble pas que cela
soit jamais arrivé. Le RE est en effet le contraire du délire, c'est un outil thérapeutique.
* le R.E.-photo. ou le R.E.-carte postale. L'analysant ne voit qu'une image fixe
qu'il décrit plus ou moins longtemps. Il y reste fixé ou passe à la suivante,
mais de toute manière rien ne bouge. Les personnages sont souvent des statues
et tout paraît mort. Variante : le mouvement est très léger et toujours
extérieur (faux mouvement) : "Maintenant
les nuages semblent bouger très légèrement vers la gauche".
* le R.E.-cinéma ou T.V. ou vidéo. Le sujet se tient à distance des images de son RE en
les regardant de l'extérieur comme sur son écran de télé, un dessin animé ou
une B.D. et refuse absolument de devenir un des acteurs du film en entrant dans
son scénario. Son implication serait pourtant essentielle pour les progrès de
la cure.
* le RE dans le RE. Le patient dans son RE dit s'endormir, puis rêver et raconter son rêve,
ce qui crée une enveloppe de plus, une mise à distance et une précaution de
plus.
* les scénario-catastrophes. Le patient ne peut rien faire et rien construire (il ne peut pas grimper à un arbre et tombe
sans cesse, il est incapable de sortir d'un trou, de planter un arbre ou
construire une maison) ou surviennent des malheurs, des explosions ou des
catastrophes .... C'est assez fréquent en début de cure.
* R.E. mutatif. Il provoque une expérience imprévue de type particulier qui compense des
frustrations, des manques et des souffrances. Par là, il engendre des
changements importants dans la vision du monde, des autres et de soi selon les
processus évolutifs supérieur. Le contenu et les images de ce RE (dit parfois
de lumière) comptent moins que l'état de conscience et le vécu émotionnel.
3. LES CRITERES DU R.E.
Après ce repérage, il devient
possible de décrire et de déterminer ce qu'est un RE.
- une visualisation. En RE il s'agit de voir des images mentales, pas d'évoquer des souvenirs
ou d'interpréter, de raconter un dialogue, d'échanger des idées, de raisonner,
de discuter. Cela se fait en principe dans la séance qui suit, sans mélange
avec le moment du RE.
- consistante. Un
RE a une certaine durée. A notre avis, il est bon qu'il puisse durer entre 20
et 45 minutes. Une brève évocation d'image de quelques secondes ou une
métaphore de quelques minutes ne constituent pas un RE.
- en mouvement. Un RE construit son propre cadre avec son espace et son temps. Le patient
se dédouble : son corps physique ou somatique reste allongé sur le divan, mais
son corps imaginaire entre dans ce nouvel espace du RE.. Il va s'y déplacer peu
à peu dans les six directions possibles, d'abord en avançant, puis en
descendant et finalement en montant. De plus dans ce cadre il va réagir, agir
(se défendre et attaquer) et finalement oeuvrer.
De plus ces scénarios finissent par
se lier entre eux et s'éclairer les uns les autres, dans une suite pas toujours
cohérente et logique, mais qui suit souvent une détermination inconsciente tout
au long d'une cure.
- multivarié. Chaque
RE raconte plusieurs histoires qui s'enchaînent ou non. Le développement
uni-directionnel d'une image ou d'un seul thème est plutôt une métaphore et pas
un RE.
- résistant. Le
caractère fondamental du RE est que ces images ont de la force et résistent. La
grande découverte des débutants est qu'ils ne peuvent pas faire ce qu'ils
veulent de ces images : "Je voulais
absolument sortir du trou, mais je n'y arrivais pas. J'ai essayé six fois et
chaque fois cela glissait et je retombais en arrière". Bien entendu,
si le patient change de niveau de conscience et revient dans le conscient,
intellectuel et volontaire, il peut imposer ce qu'il veut, mais il est sorti du
RE.
Le passage du volontaire à
l'involontaire est le secret du vrai RE. Il est très subtil et délicat. Il est
bien exact qu'il faut d'abord amorcer la pompe et que le patient commence par
inventer une histoire. Mais peu à peu elle va se raconter toute seule pour
finir exactement comme dans un rêve du sommeil où l'on voit avec stupeur les
images se succéder et s'enchaîner toutes seules. Lorsque cela se produit en RE
alors on a réussi à faire vraiment du RE, sinon cela reste un simple exercice
mental, intellectuel, contrôlé et volontaire.
- avec une image de départ. Elle est trouvée par le patient ou
s'impose à lui (métaphore de ce qu'il vient de dire, rêve endormi de la nuit
précédente, fantasme, préoccupation du jour ...). Sinon après quelques minutes
de détente (et de changement de niveau de conscience) l'analyste lui en propose
une (soit parmi les 5 ou 12 thèmes classiques de Desoille soit nouvelle). Assez
souvent après avoir raconté son rêve de la nuit, on lui propose de le continuer
en RE. Mais ce n'est qu'une première image pour faciliter le départ, le patient
en fait ce qu'il veut, la quittant rapidement pour prendre l'image contraire ou
un autre thème (par exemple, on lui propose "une promenade en forêt"
et très vite il est dans le métro).
- et des Images-Forces. Les images ont leur logique propre et sont donc imprévisibles
comme celles d'un rêve du sommeil (r.d.s.) De plus ce qui est très important
est l'apparition, un jour ou l'autre, d'images incongrues, déplacées,
auxquelles on ne s'attendait pas.
Toutes les images n'ont pas la même
force, certaines contiennent une charge affective, d'énergie et d'espoir. Ces
Images-Forces ont leur logique propre et évoluent selon la chaîne des
signifiants (Image de départ, transformée, carrefour, mutative, prospective).
Elles prouvent bien que le RE se déroule moins au niveau de l'imaginaire qu'à
celui du symbolique, comme signe d'une présence absente.
- une implication. Ces RE n'ont pas la distanciation d'un film ou d'un roman, car ils sont
nôtres. Nous sommes habitées par ces images qui ont une énorme implication
émotionnelle, de même les situations des RE représentent nos problèmes et nos
blocages. Parfois le vécu d'un RE s'accompagne d'une abréaction émotive
considérable, aussi forte que ce que l'on a nommé une thérapie primale.
L'analyste en général assis derrière la tête du patient allongé sur le divan,
prend note du récit. Il est donc bien évident que tout RE est un transfert.
- un récit. Ces
images ou ces scénarios sont verbalisés à l'analyste, au fur et à mesure. Le
débit peut être plus ou moins régulier, fort et lent. Parfois le sujet est
obligé de se taire en présence de certaines images et ne peut les décrire à son
analyste qu'après un moment de silence.
L'étude du temps verbal de ce récit
du RE permet de déceler une distanciation (le temps passé des verbes utilisés
permet la récupération, le conditionnel accentue l'irréalité et le futur
éloigne l'urgence).
4. LES ROLES DE RE.
- exploratoire, qui permet de
remonter dans le passé, éventuellement facilite la remémoration de souvenirs
oubliés ou leur remise en situation, retrouve des repères et repaires. Variante
: RE régressif qui facilite l'accès à l'archaïque
- réparatoire, qui compense les
frustrations, calme les plaies, combler les trous et répare les manques ...
- préparatoire, qui oriente vers le
futur, ouvre une progression, prépare à un projet ...
Mais il s'agit plus d'utilisations
possibles des RE que de véritables formes différenciées, car ces différents
rôles d'un RE peuvent être accomplis dans le même RE et parfois en même temps.
De plus il y bien d'autres utilisations possibles : créatif, assumant un
changement, sublimatoire, résolutif, etc. Le RE est aussi la mise en scène et
la réorganisation de la mythologie personnelle.
5. NATURE DU R.E.
Il reste finalement à comprendre de
quelle nature est un RE. Cette question peut apparaître à certains comme
simplement philosophique. Elle est pourtant fondamentale et ne peut être
résolue qu'à la fin, après que les autres éléments aient été fixés. Diverses
possibilités ont déjà été soutenues.
1) un rêve. La
première idée pour définir ce qu'est un RE est qu'il est un rêve. C'est
évident, puisque c'est ce que dit le nom. Ce dont il est le plus proche, en
effet, est le rêve du sommeil. Comme lui il est un scénario imagé et l'on
retrouve dans le RE les mécanismes du rêve du sommeil : mise en image,
déplacement, symbolisation, condensation et en sus élaboration secondaire. Les
images ont de la résistance et deviennent imprévisibles. Par contre ils ont des
différences. Le RE n'est pas produit pendant le sommeil (puisqu'il est éveillé
!), la preuve c'est qu'il est raconté par le patient et il est fait en présence
de l'analyste. Certains ajoutent qu'il lui est adressé, mais lors d'une cure
classique les r.d.s. finissent aussi par être produits et adressés à
l'analyste.
Par contre la grande différence est
que le r.d.s. "est un symptôme névrotique" comme le répétait Freud.
Alors que le RE, qui se produit hors du sommeil à l'état éveillé, est un outil
thérapeutique d'éveil et il peut devenir le pivot d'une cure analytique.
2) comparaisons diverses. Le RE a aussi été compris par certains auteurs comme un jeu,
une représentation, un psychodrame, un délire, une rêverie diurne ...
Le RE n'est pas un jeu du tout et il
vaut mieux ne pas jouer avec lui ; d'ailleurs même en psychanalyse d'enfant on
ne joue pas avec les objets mis à disposition, qui ne sont plus des jouets
puisqu'ils deviennent des outils psychothérapeutiques. Cependant dans le jeu
comme dans le RE il y a "le faire-semblant" qui évite la conviction
délirante.
Le RE offre des analogies avec la
mise en scène théâtrale et peut apparaître comme la représentation d'un
scénario ; il est aussi un donné à voir et un récit, mais non déclamé. En ce
qu'il s'invente au fur et à mesure qu'il se dit, il ressemble plus au théâtre
thérapeutique et au psychodrame. Il fait avec les images mentales ce qui peut
se montrer avec l'improvisation théâtrale.
La comparaison du RE avec un délire
ne mérite pas les critiques faites. Bien entendu, le délire ne conserve pas un
moi observateur, comme en RE. Le
pathologique est plus dans la conviction délirante que dans la construction
erronée. Surtout le délire est une production pathologique grave, alors que le
RE est un merveilleux et bénéfique outil thérapeutique, qui ne se produit pas
spontanément mais doit être exactement appris. Le principal danger est que
l'évocation du délire et du délirant peut être dommageable à bien des points de
vue, (pour l'analyste lui-même, pour l'image extérieure du RE, pour celle du
groupe des analystes ...). Non, le RE n'est pas de l'onirisme délirant, au
contraire tout l'en différencie.
Les rêveries diurnes, les
"fantaisies" et les fantasmes sont des productions individuelles,
gardées secrètes généralement, alors que le RE est dit au fur et à mesure.
Pourtant le RE est bien une sorte de rêverie diurne, mais sur commande, après
apprentissage, verbalisée à un psychanalyste lors d'une cure et interprété.
Pourquoi ne pas comparer aussi le RE
à l'écriture automatique, à la poésie, à l'écriture d'une pièce de théâtre ou
d'un film, au dessin automatique ou bien à la peinture les yeux fermés ... ? E.
Rocca définit le RE comme "un langage imaginaire partagé" se
constituant en pôle d'attraction investi par l'énergie pulsionnelle.
3) un niveau de conscience
original. Tous ces
éclairages sont bons mais le plus important dans le RE est, selon nous, le
niveau de conscience dans lequel le RE est réalisé.
1).On peut le pratiquer dans le
niveau de conscience ordinaire, intellectuel et volontaire et il peut donner
lieu à une psychothérapie de type comportementale et cognitive, avec
déconditionnement et reconditionnement, dont l'efficacité, certes légère, n'est
pas nulle.
2). On peut avancer vers un état de
déconcentration, hypovigile, de relaxation ou même de déconnexion qui facilite
les productions imaginaires, l'accès aux images intérieures, aux fantasmes, aux
souvenirs refoulés, aux pulsions et forces de l'inconscient ... On est alors
entré dans l'espace analytique de la cure puis dans l'espace RE.
3). Il reste qu'une psychanalyse par
le RE n'est pas qu'une psychanalyse freudienne classique. Il y a RE et RE. Nous
venons de voir qu'on peut avoir des productions RE édulcorées, de type
"Canada dry". Dans ses réussites le RE se fait avec un état de
conscience original qui est celui de l'Eveil. Le RE n'est d'ailleurs plus
la seule technique qui suscite cette apparition d'un "scénario
d'images". Sans parler de tout ce qui a été expérimenté avec les
psychotropes et les hallucinogènes, on peut citer l'hyperventilation, utilisée
dans le rebirth pour revivre une
naissance ou dans la respiration holotropique de Grof avec des régressions
parfois attribuées à des vies antérieures, les rotations et tournoiements dans
la transe-thérapie, l'isolation sensorielle dans des caissons isophones, la
musique avec une différence de quatre Hertz entre chaque oreille dans la
synchronisation hémisphérique, les harcèlements de questions des séminaires
vers l'éveil, etc. Le fait de pouvoir déclencher un retour d'images, avec
souvent une grande conviction de réalité, est une découverte récente de la
psychologie où tout reste encore à découvrir.
6. UN EXEMPLE DE RE
Ce qui caractérise un RE authentique
et complet est cette possibilité de se déplacer dans un espace imaginaire
permettant des remontées à des éléments profonds et des montées dans des
ambiances de résolutions de conflits. Ce qui semble apparaître dans ce RE de
l'arbre, qui est à la fois un RE mutatif et aussi de lumière. Ce n'est
évidemment pas un modèle, qu'il faudrait chercher à copier, mais un simple
exemple parmi des centaines d'autres des patients
Une sorte de chaleur, elle me
pénètre, je sens ce feu à travers les parois. Je me sens fluide, chaude et
prend par capillarité les couleurs de ce feu. Et j'en prends la couleur avec
une incandescence bleutée. Mes mains et mon ventre sont chauds et tout mon
corps est chaud et glissant. De bleuté, le feu devient orangé clair, presque
blanc. Je suis dans cette incandescence légèrement dorée. En dessous, c'est
rougeoyant...
Là, je suis immergée dans cette lumière blanche. Je lance mes pseudopodes dans ce blanc avec cette racine perméable. Je suis une légèreté blanche. Je rebondis et je vais très loin. Et j'entoure cette incandescence avec mes ramifications et prolongements de mon être. Un rameau fait tout le tour, comme une radicelle. Je respire dans cette lumière blanche comme dans une sorte de noyau en suspension. Je sens les étoiles autour de moi. Je pense jouer avec. J'en mets une dans mon coeur et les autres dansent autour de moi. Je peux les atteindre avec mes mains, brillantes. Je la lance et elle vole très loin. Ces morceaux volent et peuvent entrer en moi. Le centre de la terre est tout proche, comme un ventre fécond qui bat. Et je sens le sang battre dans le tendon gauche, comme une pulsation. Les étoiles se mettent au même rythme et m'envoient de la lumière au rythme de mon sang. Elles me font rebondir dans ce fil-racine où je rebondis très haut, à un rythme régulier, chaque fois plus loin et plus haut, jusqu'au niveau du tronc où je remonte. Et je découvre les cercles inscrits dans le tronc comme ceux de mes veines, d'une couleur marron très chaude, avec de l'ocre. Je bouge mon corps dans cette couleur. Les cercles du bois sont un arrondissement de moi-même. J'ai envie de grimper et je monte. Et en haut je sors ma tête et vois les feuilles pousser et verdir, avec des promesses de fruits, envahie par cette lumière."